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Le grand invité Afrique

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  • Le grand invité Afrique

    États-Unis-Afrique: «Les États-Unis sont devenus la première superpuissance voyou de l'histoire moderne»

    08/04/2026
    Des ressortissants originaires du Mexique, du Vietnam ou du Yémen expulsés par les États-Unis vers le Soudan du Sud, la Guinée équatoriale ou encore l’Eswatini (ex-Swaziland)…Depuis début 2025, plusieurs accords ont été signés entre Washington et des pays tiers, notamment en Afrique, pour accueillir des ressortissants étrangers refoulés des États-Unis. Dernier en date : la République démocratique du Congo. Des accords controversés aux contours flous. Une « politique de pression » de l’administration Trump selon Romuald Sciora, directeur de l’observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’Iris (Institut des relations internationales et stratégiques).
    RFI : Selon un rapport de sénateurs démocrates de février 2026 intitulé « À quel prix », les États-Unis ont versé plus de 32 millions de dollars directement à cinq pays pour accueillir environ 300 migrants. Est-ce que c'est un nouvel instrument diplomatique de l'administration américaine ?
    Romuald Sciora : Oui. C'est pourquoi je dis souvent que les États-Unis sont devenus la première superpuissance voyou de l'histoire moderne, en tout cas qui ont un comportement, je dirais, un petit peu, de racketteur ou de mafieux marseillais. Effectivement, c'est : « Vous prenez ces migrants, on vous les envoie, et en contrepartie nous pourrons avec vous passer tel ou tel accord ». Donc oui, c'est la nouvelle diplomatie ultra bilatérale de cette administration, cette diplomatie de la force, mais que l'on voit d'ailleurs dans d'autres régions du monde.
    L’administration américaine se justifie en affirmant que les pays d'origine refuseraient de reprendre leurs ressortissants. Qu'est-ce que vous pensez de cet argument ?
    Il y a sans doute du vrai. Il y a de nombreux pays qui refusent pour différentes raisons, de reprendre leurs ressortissants. Mais ce n'est pas pour autant qu'il faut mettre la pression sur d'autres pays. L’administration Trump externalise le fardeau migratoire américain vers l'Afrique. Donc, oui, c'est une politique de pression. De toute façon, les pays à qui cela est imposé n'ont pas véritablement le choix.
    Quelles sont les contreparties pour les pays tiers, les pays d'accueil, du moins pour ce qu'on en sait ?
    Vous savez, aujourd'hui, vous avez, si je ne me trompe pas, 30 pays d'Afrique subsaharienne qui sont désormais soumis à des restrictions de visas et à des taxes comme ils n'en ont jamais connu. Ces pays se voient imposer, car il y a quand même des taxations qui sont imposées, des taxes bien moindres que d'autres pays africains. Des accords sont également conclus sur les matières premières qui ne vont pas uniquement dans le sens des États-Unis. Et puis, il est toujours profitable pour certains pays d'avoir, si je puis dire, certains deals avec les États-Unis.
    N'oublions pas que depuis que Donald Trump s'est retiré en grande partie du continent africain, avec toutes les aides au développement qui ont cessé, il a quand même ouvert en grand les portes de l'Afrique à la Chine et à la Russie. Donc certains pays également jouent sur ces différents tableaux et donc profitent d'accords avec Donald Trump pour tenter d'obtenir plus de la part d'autres partenaires potentiels comme la Russie et la Chine, ce qui est tout à fait normal. Donc, il y a quand même un avantage pour certains de ces pays à passer des accords avec l'administration Trump.
    Il y a beaucoup de flou autour de ces accords. Il y a un manque de transparence sur les compensations. Pourquoi cette opacité ?
    C'est la politique trumpienne habituelle. On n'a qu'à lire son livre The Art of the Deal, qu'il avait publié dans les années 80. N'oublions jamais ce que Trump avait dit à propos de nombreux pays africains : « ces pays de merde » : C'est odieux, c'est raciste...
    Lors de son premier mandat…
    Voilà, on parle quand même d'une administration d'une droite ultra radicale, xénophobe, raciste. Donc il y a chez eux une volonté aussi de tenir en laisse ces petits pays qu'ils disaient être « des pays de merde », qui sont par la force des choses des petits pays plus faibles économiquement, structurellement, militairement bien évidemment. Et donc voilà, il leur impose des conditions qu'ils ne pourraient pas imposer à d'autres partenaires. Et donc tenir en laisse, appâter, donner, jeter quelques miettes quand il le peut et garder la main sur ces pays qu'il méprise, ne l'oublions jamais.
    Le rapport des sénateurs démocrates -qui sont minoritaires-, souligne le caractère dissuasif de ces accords pour les migrants irréguliers aux États-Unis, pour les décourager en quelque sorte. Vous pensez que c'est réellement le cas ?
    Oui. Le grand dada quand même de Trump, c'est évidemment lutter contre l'immigration illégale, mais aussi l'immigration légale en provenance de certains territoires. Donc oui, des mesures comme celles-ci peuvent être dissuasives pour certains migrants, mais ce n'est pas ça qui permettra de réguler les problèmes migratoires aux États-Unis.
    Ces accords migratoires s’inscrivent aussi, selon vous, dans une stratégie de politique intérieure pour Donald Trump ?
    Donald Trump est aujourd'hui en perte de vitesse. Alors attention, il ne faut pas enterrer Donald Trump. C'est un homme qui est soutenu par le parti républicain, qui le suit quasiment comme un seul homme et qui bénéficie surtout, surtout, d'une base, la fameuse nation Maga, qui jusqu'à présent le suivrait jusqu'en enfer. Néanmoins, la guerre en Iran change véritablement la donne. Il est parti sans aucune stratégie dans cette guerre, des soldats américains sont déjà morts. Les Américains ne voient pas l'issue de ces combats. Bref, Trump est fragilisé sur la scène intérieure. Et donc oui, il se sert de sa lutte contre l'immigration afin d'essayer de ressouder sa base électorale, de lui redonner une nouvelle dynamique en vue des élections de mi-mandat. Donc, des migrants qui sont expulsés vers l'Afrique, bien évidemment, ça, ce sont des choses qui plaisent à son électorat.
    ►Romuald Sciora publie le 15 avril le premier tome de la BD documentaire, America 250, une histoire graphique des États-Unis, avec les illustrations de Bastien Bertine, aux éditions Point Nemo.
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    Génocide des Tutsis au Rwanda: «J'ai refusé que la souffrance définisse ma vie»

    07/04/2026
    Au Rwanda, ce mardi 7 avril marque le début des commémorations du génocide perpétré contre les Tutsis en 1994. Un hommage aux plus de 800 000 victimes des massacres commis. Godelieve Mukasarasi est une survivante. Elle est Hutu. Son mari, qui était Tutsi, a été assassiné, ainsi qu’un de ses enfants. Elle a été violée pendant le génocide. Mais depuis 32 ans, elle se bat et accompagne avec son association Sevota les femmes victimes de violences sexuelles, ainsi que les enfants nés de viols. Elle raconte son parcours et son engagement dans un livre qui vient de paraître, La Réparatrice, co-écrit avec la journaliste française Capucine Graby et publié aux éditions Grasset. Godelieve Mukasarasi est l’invitée de Charlotte Idrac.
    RFI : Pourquoi avoir choisi ce titre pour votre livre « La Réparatrice » ?
    Godelieve Mukasarasi : Parce qu'il reflète le rôle que je me suis donné après le génocide. Réparer les vies brisées, les liens sociaux détruits et les blessures invisibles des survivantes. Pour moi, je ne me présente pas comme une victime uniquement, mais comme une personne qui aide à reconstruire la dignité et la mémoire collective du Rwanda. Réparer les femmes, réparer les enfants, réparer le tissu communautaire, mais aussi réparer la mémoire brisée par le génocide.
    Vous avez à travers votre organisation, Sevota, accompagné et réparé plus de 1000 femmes violées et enfants nés de viols. C'est la parole qui est pour vous au cœur du processus de reconstruction ?
    Des survivantes ont été réduites au silence par la honte, la peur ou la stigmatisation. Leur offrir un espace où elles peuvent parler, s'exprimer en toute liberté et être écoutées et reconnues, c'est déjà une forme de guérison. C'est reprendre du pouvoir sur son histoire. Dans nos espaces de paroles, nous constatons que certaines formes d'expression comme la prière en écho, la chanson, la poésie, les sketchs, le théâtre viennent compléter la parole et ouvrir d'autres chemins de guérison : S'accepter soi-même comme femme survivante, accepter son enfant né de violences. Et elles ont inventé une chanson qui signifie « nos enfants sont beaux, sont très beaux pour Le Rwanda, » avec des refrains qui reconstruisent.
    Vous-même, comme femme et mère dans une famille survivante, qu'est-ce qui vous donne la force et ce goût des autres personnes survivantes ?
    Quand j'ai créé Sevota, c'était une promesse que j'avais fait pendant le génocide, lorsqu'on venait tuer mes enfants et mon mari. Et là, dans ma prière, j'avais dit « Si Dieu m'aide à ce que mes enfants soient rescapés, j'allais créer une œuvre charismatique ». J'ai refusé que la souffrance définisse ma vie. Chaque fois que je vois un jeune né de violences sourire ou qu'il a un succès malgré son histoire, chaque fois qu'une mère accepte d'embrasser son enfant né du hasard, alors nous sommes debout. Si nous avons survécu, c'est pour vivre.
    À travers l'organisation Sevota, vous avez donc accompagné ce que vous appelez « les enfants nés du hasard », nés de violences sexuelles, de viols, parfois rejetés par leur mère et longtemps stigmatisés. Mais vous dites que leur image a changé. Dans quel sens ?
    L'image des enfants nés du hasard dans le temps était mauvaise. Ils étaient nommés « enfants du malheur », « enfants de la brousse », « enfants miliciens comme leur père », « Judas » ou « traître ». Aujourd'hui, grâce à l'accompagnement, ils sont aujourd'hui davantage considérés comme des enfants innocents. Ils ne sont plus définis uniquement par les circonstances de leur naissance, sans identité, mais ils sont affirmés par leur talent, leur ambition et leur réussite. En somme, l'image est passée de victimes stigmatisées à jeunes porteurs d'avenir.
    Plus de 30 ans après le génocide commis contre les Tutsis en 1994 au Rwanda, comment le traumatisme se transmet-il dans la société rwandaise, sachant que 70 % de la population est née après ?
    Pour moi, je pense que le traumatisme se transmet aujourd'hui de manière transgénérationnelle. Les jeunes nés après le génocide doivent intégrer un passé qu'ils n'ont pas vécu. Les psychologues soulignent le besoin des tiers qui les accompagnent, c'est-à-dire les enseignants formés, des thérapeutes, le personnel des différentes institutions qui doivent être formés pour aider à transformer ce traumatisme en mémoire constructive.
    Vous évoquez dans votre livre le procès Pélicot en France après les viols répétés subis par Gisèle Pélicot sous soumission chimique. Vous parlez d'un point de bascule. Quel écho, pour vous, a eu ce procès ?
    Le procès de Gisèle Pélicot, en France, a marqué une rupture dans la manière dont la société française et internationale aborde des violences sexuelles. Pour la reconnaissance des victimes et la lutte contre l'impunité.
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    Fally Ipupa: «Je lance un message de solidarité, d'amour et de paix à tous mes frères de l'est du Congo»

    06/04/2026
    C’est un nouvel album très attendu par ses fans : Fally Ipupa sortira XX le 17 avril 2026, pour marquer ses vingt ans de carrière. Avant deux concerts prévus au Stade de France, les 2 et 3 mai. Une consécration pour la star congolaise de la rumba, qui trace sa route depuis ses premiers pas artistiques dans le quartier de Bandal, à Kinshasa, et son premier album solo Droit chemin, en 2006. Fally Ipupa est l’invité de Charlotte Idrac.
    RFI : Pourquoi ce titre de l'album « XX » ?
    Fally Ipupa : « XX » en chiffres romains, c'est 20 donc c'est 20 ans de ma carrière solo. Et puis je trouvais ça artistique de laisser un peu planer le doute. Pourquoi « XX » ? Justement, c'était la raison pour laquelle j'avais vraiment voulu que ça s'appelle « XX ».
    Vingt ans de carrière solo, donc… Est-ce que c'est passé vite ?
    Je ne dirais pas vite, mais rempli quand même. On a fait énormément de choses… Ça, c'est le huitième album studio, ça va…
    Quel message vous voulez faire passer dans cet album anniversaire ?
     L'amour.
    Comme toujours…
    Comme toujours.
    En quoi il se distingue des autres ?
    En termes de chansons, déjà les textes, en termes de vision, en termes de nombre de chansons. Mais artistiquement, je pense que c'est quelque chose. Il y a une nouvelle vision et on a pris un peu plus de risques.
    Dans quel sens ? Même si, forcément, il y a des surprises…
    Il y a des surprises artistiquement, il suffit de regarder mon dernier single qui vient de sortir, ça s'appelle « Cinéma ».  C'est vraiment un mélange ((de))… Voilà, c'est mon univers quoi. C'est vraiment quelque chose de très travaillé et il faut découvrir l'album en tout cas.
    Vous restez fidèle à la rumba quand même ?
    Toujours. Je reste fidèle à la guitare congolaise et au lingala. Et puis à la vision de Fally.
    La participation d'autres artistes est annoncée. Est-ce que c'est important pour vous ces duos, ces collaborations ? On annonce notamment Lokua Kanza…
    Oui, Lokua Kanza c'est exceptionnel parce que pour moi, c'est le plus grand artiste africain. Et puis c'est vraiment quelqu'un que j'aime énormément. L’artiste et l'homme, c'est mon idole. C'est à peu près un prof. Donc collaborer avec lui, c'était avec un grand plaisir. J'ai encore cette émotion de quand je le voyais, quand j'étais encore à Bandal et avoir la chance de collaborer à plusieurs reprises avec lui, c'est moi qui suis heureux.
    Deux dates sont prévues au Stade de France les 2 et 3 mai. C'est une première pour un artiste congolais, pour un artiste africain francophone, sachant que le site a une capacité de plus de 80 000 places. Qu'est-ce que ça représente pour vous cet endroit ?
    Le travail, la résilience, la confirmation, la volonté d'aboutir à quelque chose. C'est des années de travail. Donc pour moi c'est une grosse fête, c'est une fête africaine, une fête mondiale, ça prouve qu'on a travaillé.
    Est-ce que vous le voyez comme une consécration ou une étape de plus dans votre carrière ?
    Une étape de plus, je dirais.
    Est-ce que vous êtes un ambassadeur de la musique africaine, de la rumba congolaise ?
    Non, je ne suis pas ambassadeur, pas officiellement, le pays ne m'a pas octroyé... Non moi je suis un artiste africain d'origine congolaise qui fait de la musique congolaise, de la musique de Fally.
    Et comment est-ce que vous voyez la jeune génération ?
    Il y a des talentueux, il y a des talentueuses. La relève, je pense qu’elle est assurée même si on est encore un peu là.
    Vous êtes aussi un artiste engagé avec des actions humanitaires, notamment dans l'est de la RDC, où les violences sont interminables. Quel est votre message face à cette situation ?
    Oh, ça fait longtemps qu'on en parle et je dirais toujours un message de paix, message d'amour, message de solidarité. Moi, avec la Fondation, on a déjà eu à faire pas mal de de choses en Afrique et au Congo, notamment à l'est du Congo. On a envoyé des ambulances médicalisées, on a fait pas mal de choses. Et je dirais aujourd'hui, tout le monde connaît la situation, tout le monde est au courant. Je compatis avec toutes ces personnes qui sont à l'est du pays. En tant que Congolais, en tant qu’Africain, en tant qu'humain, je lance un message de solidarité, un message d'amour, un message de paix à tous mes frères de l'est du Congo.
    Vous êtes parfois surnommé « l'aigle ». Pourquoi ce surnom ? Et est-ce qu'il vous convient ?
    Ce surnom me convient à 100 %. C'est par rapport à ma vision, par rapport à la carrière que j'ai déjà depuis Bandal jusqu'aujourd'hui et par rapport, je pense, à ma manière de se renouveler et de prendre des risques.
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    Découverte d’une nouvelle espèce de dinosaure au Niger: «C'est un moment dont on se souviendra»

    04/04/2026
    Notre Grand Invité Afrique nous emmène ce matin dans le désert nigérien, au nord de Tesker. C'est là qu'une équipe de scientifiques a découvert une nouvelle espèce de dinosaure, qui a vécu il y a 95 millions d'années. Découverte décrite dans la revue scientifique « Science » au mois de février. Son nom : Spinosaurus mirabilis. 12 mètres de long, un museau allongé et cet élément caractéristique : une grande crête sur la tête. Pour en parler, qui mieux que le paléontologue américain qui a dirigé l'expédition, en 2022 ? Paul Sereno, professeur à l'université de Chicago, répond aux questions de Magali Lagrange.
    RFI : Vous avez découvert une nouvelle espèce de dinosaure au Niger. Pouvez-vous nous dire à quoi ressemble le Spinosaurus mirabilis ?
    Paul Sereno : C'est un grand animal. Un grand prédateur avec des caractéristiques un peu particulières au niveau de la tête pour lui permettre d'attraper des poissons. Le Spinosaurus avait une grande épine dorsale. Ce qui fait surtout la spécificité de cette nouvelle espèce, c'est la crête qu'il avait sur la tête. Une crête vraiment spectaculaire, en forme de sabre courbé. C'est l'une des plus grandes jamais découvertes chez un dinosaure prédateur.  
    Que savez vous de cette crête, servait-elle à quelque chose ? 
    Nous pensons que sa crête était ornementale. Étant donnée sa position, juste au-dessus des yeux, il semble difficile qu'elle ait pu servir d'arme. Plusieurs d'entre elles ont aussi des bords un peu fragiles, et sont asymétriques. Toutes ces raisons nous font dire que c'était plutôt décoratif, comme on peut encore le voir chez certains oiseaux modernes. 
    Y a-t-il d'autres dinosaures auxquels on peut le comparer ? 
    Et bien, le Spinosaurus est vraiment à part. D'abord, on ne le trouve qu'en Europe, en Afrique et en Amérique du Sud. Ces dinosaures sont des prédateurs, mais ce sont aussi les mieux adaptés à une vie au bord de l'eau. Ce sont des bipèdes, comme d'autres espèces de dinosaures. Mais le Spinosaurus mirabilis, comme son cousin le Spinosaurus Aegypticus, a ses propres caractéristiques. Par exemple, ses dents s'imbriquent quand il ferme la mâchoire. Ça, c'est une spécificité pour attraper des poissons glissants dans les rivières et sur les berges. 
    Comment réagit-on quand on découvre une nouvelle espèce de dinosaure ? Ça n'arrive pas tous les jours, quelle a été votre réaction quand vous avez compris ?
    Nous avons été surpris. Certains membres de l'équipe ont pleuré. Mais tous, nous étions euphoriques. C'est un moment exceptionnel, quand on travaille dans cette partie du désert, qu'on fait une découverte et qu'on se rend finalement compte de la nature de cette découverte. Avec nos moyens modernes, à l'ère du numérique, non seulement nous avons pu savoir exactement où nous nous trouvions. Mais nous avons aussi été capables de prendre des photos des ossements pour les assembler. C'est ce que nous avons fait. Et donc, on était là, au milieu du Sahara, à regarder ces images sur un ordinateur portable alimenté par un panneau solaire. C'est vrai que c'est un moment dont on se souviendra. 
    Quand vous faites une mission, vous envoyez ce que vous trouvez aux États-Unis pour l'étudier. Ensuite, est-ce que vous renvoyez tout au Niger ? C'est ce que vous allez faire ? Renvoyer les fossiles de ce nouveau dinosaure et le reste au Niger après étude ?
    Oui, mais en plus de renvoyer les fossiles au Niger - d'ailleurs certains ossements du Spinosaurus sont déjà au Niger - nous avons lancé un grand projet pour monter un centre du patrimoine nigérien dans la meilleure université du pays, à Niamey. Il existe aussi des plans très détaillés pour créer deux musées au Niger. L'un en plein cœur de la capitale, pour raconter l'histoire des dinosaures africains et des populations anciennes qui ont peuplé le pays. L'autre à Agadez, dans le nord du Niger. C'est un projet qui suscite beaucoup d'enthousiasme ici. 
    On dit que le désert nigérien est un cimetière de dinosaures. Y a-t-il encore beaucoup de choses à y découvrir ?
    Absolument. Nous avons visité de nombreux sites qui sont incroyables. Mais il y en a encore beaucoup d'autres à découvrir. Quand vous visitez le Sahara, vous avez la sensation de vous trouver sur une autre planète. C'est un sentiment merveilleux : celui d'être dans un lieu en pleine nature, où il n'y a pas de routes, où vous pouvez découvrir des choses, où personne n'a encore marché. Donc oui, il y aura encore beaucoup de découvertes. C'est pour ca que le Niger a besoin d'avoir ses propres archéologues, ses propres paléontologues, ses propres muséographes. Pour pouvoir conserver cet incroyable héritage et le présenter aux Nigériens, mais aussi aux Africains et au monde entier. 
    À lire aussiNiger: découverte d’un nouveau type de dinosaure Spinosaurus qui vivait il y a 95 millions d’années
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    Révision constitutionnelle au Cameroun: «Biya met en place une suite pour son système» selon Stéphane Akoa

    03/04/2026
    Les parlementaires camerounais sont réunis depuis hier, jeudi 2 avril, en congrès pour examiner une révision de la Constitution. Elle porte sur la création d'un poste de vice-président. Une évolution qui interroge étant donné l'âge avancé du président Paul Biya, 93 ans dont 44 au pouvoir, et qui a entamé un 8e mandat fin 2025. Pourquoi cette réforme intervient-elle maintenant ? Quel rôle et quel profil pour ce poste ? Cette réforme peut-elle être contestée ? Stéphane Akoa, analyste politique à la fondation Paul Ango Ela, est notre invité.
    RFI : Stéphane Akoa, ce projet d'instituer un vice-président est évoqué depuis longtemps au Cameroun. Pourquoi selon vous le chef de l'Etat passe-t-il à l'action maintenant ?
    Stéphane Akoa : c'est toute la question justement, parce qu’il n'y a aucun élément à la fois dans l'environnement politique et dans le contexte institutionnel qui aurait justifié que là, maintenant, ce qui avait été promis, annoncé et espéré depuis longtemps devienne un acte. Lorsque l'on regarde le contenu de la réforme constitutionnelle, en quoi le vice-président apporterait aux institutions de la République un changement, une modification importante ? On ne voit rien de significatif, en tout cas rien qui permette de justifier qu'on ait attendu aussi longtemps pour, au fond, si peu.
    Paul Biya est au début de son mandat actuel. Est ce qu'on peut dire que c'est un moyen pour lui déjà de préparer sa succession ?
    Oui, indubitablement. C'est vraiment le signe qu'il met en place ce qui pourrait être une suite pour son système, dans la mesure où il nommera ce vice-président. Donc ce sera encore une question de choix très personnel. Donc on peut dire qu'actuellement rien de très neuf n'est arrivé au Cameroun.
    Selon ce texte, le vice-président terminerait le mandat en cas de vacance du pouvoir. Donc cela veut dire qu'il l'exercerait potentiellement jusqu'en 2032. C'est une forme de verrouillage des institutions ?
    Clairement. Verrouillage, d'autant plus qu'il ne fait pas disparaître dans ce projet de loi, le poste de Premier ministre. Donc, l'armature essentielle continue à fonctionner, ou à dysfonctionner, comme c'est le cas depuis de nombreuses années. Et, bien évidemment, le fait qu'il ait la latitude du choix le laisse, lui, Monsieur Biya, à l'abri d'un certain nombre de surprises. Quelle que soit la qualité de ce qui pourrait arriver dans le paysage politique à venir.
    Alors justement, en termes de profil, pour ce vice-président, est-ce qu'on a des indications ? Est-ce qu'il y a déjà des noms qui circulent ?
    Il y a évidemment certains qui estiment qu'il devrait plus avoir la charge de l'Économie, d'autres s'occuper des Relations internationales ou de la présence du Cameroun dans les instances internationales, quand le Président de la République ne peut pas y être. Mais étant donné que le Premier ministre est encore là, on peut se demander comment se fera la répartition des responsabilités, des missions, entre ces deux associés qui peuvent être rivaux autour, ou à côté de Monsieur Biya.
    Donc, il peut y avoir une sorte de chevauchement des pouvoirs entre la Primature et ce vice-président ?
    Et aussi effectivement l'exécutif au sens présidentiel du terme. Le secrétaire général de la présidence de la République. Donc, au lieu de se simplifier la tâche, au lieu de clarifier le fonctionnement des institutions, on a plus l'impression que Monsieur Biya a rendu la lecture du fonctionnement du dispositif, notamment exécutif, plus complexe. Comment va-t-il répartir ces délégations entre ces deux personnalités ? Que va-t-il laisser au Premier ministre ? Ce sont des questions beaucoup plus que des certitudes qui figurent devant nous.
    Est-ce que selon vous, cette réforme, elle peut rencontrer des résistances internes, faire naître des dissensions au sein du pouvoir ?
    Cela pourrait se faire si la personnalité désignée ne fait pas consensus sur son nom, sur son profil, sur ses états de service. Et bien évidemment, on trouvera toujours quelque chose à lui reprocher, et notamment le fait d'appartenir éventuellement à un camp plus qu'un autre. Donc c'est quelqu'un qui va avoir une période, un état de grâce, relativement courte pour s'installer dans ce poste qu'elle (cette personnalité) doit définir. Donc on peut être sceptique.
    Et l'opposition, que peut-elle faire ? Est-ce que vous vous attendez à des mobilisations, à des manifestations ?
    Absolument pas. L’Opposition est atone, elle ne sait plus rien dire de ce qui se passe. Les deux figures essentielles que sont Monsieur Tchiroma et Monsieur Kamto ont pour l'instant disparu du paysage politique et donc on ne les entend pas, on ne les voit pas. Et on peut se dire que la nature des changements opérés ne laisse pas à cette opposition grand-chose à dire, puisque ce sont des questions techniques. Beaucoup de Camerounais sont plus préoccupés par leur sort personnel au plan économique, au plan financier. Donc là, on est dans un habillage qui ne concerne que les experts et qui ne fera parler que les docteurs en droit constitutionnel, s'il en existe encore, qui sont capables de s'exprimer sur cette question. Et on est très loin surtout des sujets qui peuvent permettre à l'opposition de trouver là des arguments pour aller à nouveau challenger le système gouvernemental, la majorité présidentielle. Donc, monsieur Biya a gagné un répit à la fois parce qu'il va donner ce poste à un représentant d'une région qui sera satisfaite et qui va s'enthousiasmer, pensant que ce choix est le meilleur pour elle. Il gagne du temps parce qu'il n'y a pas d'élections, il n'y a pas de moment où on pourra discuter, faire de la politique, parler de projets, de concepts, etc. Et puis bien évidemment, il gagne aussi du temps parce qu'il rassure ceux qui étaient inquiets. Donc quelque part, c'est bien joué.
    À lire aussiCameroun: les parlementaires se penchent sur la création d'un poste de vice-président du pays

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Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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