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Le grand invité Afrique

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  • Le grand invité Afrique

    Adji Bousso Dieng, chercheuse sénégalaise: «Les pays du Sud global doivent pouvoir développer leur propre IA»

    30/03/2026
    On le compare parfois au Giec sur le climat : le premier panel de l’ONU sur l’intelligence artificielle a démarré ses travaux en ce mois de mars. Ce comité comprend une quarantaine de scientifiques du monde entier, dont la chercheuse sénégalaise Adji Bousso Dieng. Informaticienne, chercheuse, enseignante à la prestigieuse université de Princeton aux États-Unis, elle a également fondé l’ONG The Africa I Know pour encourager les jeunes du continent à se lancer dans les sciences et le numérique. Adji Bousso Dieng plaide pour plus de diversité numérique, et le développement d’IA africaines. Elle est l’invitée de Charlotte Idrac.
    RFI : Quelle est la mission de ce tout nouveau panel de l'ONU sur l'IA ?
    Adji Bousso Dieng : Le constat est que l'IA progresse à une vitesse inédite. Et face à cette accélération, beaucoup de gouvernements et de décideurs se trouvent dans une forme d'incertitude. Ils perçoivent le potentiel immense de l'IA, mais ils peinent encore à en saisir pleinement les implications, à comprendre comment en faire un levier pour le bien commun et comment, en parallèle, se prémunir contre ses dérives. C'est précisément dans ce contexte que les Nations unies ont souhaité créer un espace de réflexion scientifique indépendant. « Indépendant », c'est un mot très important : Nous ne travaillons pas pour un gouvernement ou pour une institution. Et le but, c'est de produire des analyses scientifiques rigoureuses afin d'éclairer les décisions publiques. Il s'agit au fond de rééquilibrer les dynamiques en cours pour éviter que la gouvernance de l'IA ne se concentre pas entre les mains de quelques acteurs ou de quelques organisations, mais puissent bénéficier à l'ensemble de la communauté internationale.
    Comment est-ce que ça se développe plus précisément sur le continent africain ?
    En Afrique en ce moment, il y a des communautés autour de l'IA comme il y a GalsenAI, il y a Deep Learning Indaba, il y a aussi des entreprises qui commencent à vouloir utiliser l'IA. Mais je ne suis pas satisfaite de la façon dont ça se fait présentement, particulièrement en ce qui concerne les biais : Les modèles très performants de l'IA, maintenant, utilisent des données qui sont principalement de la culture de l'Ouest, qui ne reflètent pas la diversité des populations. Et donc je pense qu'il y a un réel besoin que l'IA qu'on utilise dans différentes parties du monde, y compris l'Afrique, soit des IA locales. Une grande partie de ma recherche est d'introduire la diversité qui contribue à encourager l'exploration, la capacité à envisager plusieurs solutions et plusieurs hypothèses. Nous avons développé un outil mathématique qui s'appelle le « Vendi Score » qui sert à mesurer et structurer cette diversité pour guider les systèmes d'IA vers des formes d'intelligence plus exploratoires, plus créatives, et en un sens plus proche de ce que l'on attend d'une démarche scientifique.
    Est-ce que ça vous semble possible de développer à terme une IA panafricaine ?
    Oui, c'est une de mes perspectives en ce qui concerne le développement en Afrique : Que dans presque tous les domaines, on doit avoir une approche panafricaine, mais pas le panafricanisme tel qu'on le chante un peu partout en ce moment, en termes de « oui, nous sommes souverains, nous sommes panafricains »…
    Politique…
    Oui, politique. Je milite pour un panafricanisme plus pragmatique qui consiste à collaborer dans différents domaines, y compris la technologie et l'IA.
    Vous avez parlé dans le passé d'une forme de « colonisation numérique de l'Afrique ». Qu'est-ce que ça veut dire ?
    Par exemple, il y a eu quelques controverses liées au labelling des données. En IA, on a besoin de labelliser les données afin de pouvoir développer des algorithmes qui sont plus performants et qui sont plus sains. Et donc ce qui se passe, c'est que les grandes compagnies vont en Afrique comme au Kenya par exemple, et elles font libeller ces données-là au Kenya dans des conditions qui ne sont pas très équitables. Ils ne sont pas bien payés et ils sont soumis à des données qui peuvent être traumatisantes. Il n'y a pas encore de cadre juridique qui encadre ce travail-là. Et donc ça, c'est une forme de colonisation numérique. Il y a aussi tout ce qui est souveraineté des données. Les données peuvent être utilisées sans compensation. Il y a en ce moment dans le continent un grand enthousiasme en ce qui concerne l'IA. Il y a cette idée que l'IA va résoudre tous les problèmes. Mais je pense que c'est une vision erronée parce que la réalité de l'IA en Afrique en ce moment est plutôt la même chose qui se passe avec nos ressources naturelles, où on est des consommatrices plutôt que des transformatrices et des créatrices. La même chose risque de se produire avec l'IA et je ne pense pas qu'on en parle assez.
    Vous êtes née à Kaolack, au Sénégal. Vous avez fait vos études en France puis aux États-Unis où vous êtes toujours aujourd'hui. Qu'est-ce qui vous a guidé, vous guide encore dans votre parcours ?
    J'ai été très chanceuse d'avoir cette expérience au Sénégal, en France et aux États-Unis. Ce qui est resté constant, c'est mon amour de la connaissance. Je suis très curieuse et j'aime réfléchir. Et une passion très forte pour la science qui me tient debout jusqu'à présent. Et le travail que l'on fait dans mon groupe de recherche à Princeton, c'est quelque chose auquel je crois vraiment.
    Est-ce que vous pensez revenir un jour au Sénégal ?
    Oui, c'est quelque chose auquel je pense. Mais la réalité, c'est qu'il y a beaucoup de barrières au pays. Par exemple, la recherche que je fais maintenant, je ne peux pas la faire au Sénégal parce que cela demande des ressources que je ne peux pas trouver au Sénégal présentement. Mais c'est quelque chose qui me revient en tête et on verra ce que l'avenir nous réserve.
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    Dudu Sarr (Dakar Music Expo): «Il n'y a pas mieux que la musique pour rassembler»

    28/03/2026
    Direction Dakar pour retrouver notre Grand invité Afrique ce samedi. La capitale sénégalaise est bercée ce week-end par des musiques du monde entier: trente groupes, cinquante professionnels réunis autour du DMX, le Dakar Music Expo. C’est la septième édition de ce marché de la musique, qui vise à faire découvrir des talents du continent et d’ailleurs, avec l’objectif notamment de monter des tournées à l’étranger. Dudu Sarr est le fondateur et le directeur du DMX, il répond aux questions de Guillaume Thibault.
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    Présidentielle au Bénin: «Cela donne l'impression d'un match amical, d'une compétition sans enjeu»

    27/03/2026
    Coup d’envoi ce vendredi 27 mars de la campagne pour l’élection présidentielle au Bénin. Le scrutin est prévu le 12 avril. Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016, va passer la main après deux mandats. Son dauphin, le ministre des Finances Romuald Wadagni, fait face à un seul concurrent : Paul Hounkpè, du parti FCBE. Le parti des Démocrates, principale force de l’opposition, n’a pas pu présenter de candidat et n’a pas donné de consigne de vote. Une campagne qui s’ouvre dans un paysage politique profondément remodelé sous Patrice Talon, souligne le Béninois Joël Atayi-Guèdègbé, expert en gouvernance et acteur de la société civile. Il est l’invité de Charlotte Idrac.
    RFI : Dans quel climat politique s'ouvre cette campagne pour la présidentielle au Bénin ?
    Joël Atayi-Guèdègbé : Les résultats des élections de janvier dernier, législatives et communales ont quand même redessiné la carte politique en indiquant deux partis majeurs, partis favorables au président Talon. Fondamentalement, les réformes du système partisan et du code électoral par touches successives, ont élevé les différents seuils, principalement en introduisant la notion de parrainage pour la présidentielle. Donc le principal parti de l'opposition, Les Démocrates, a mordu la poussière à ce niveau, et ne peut pas être sur la ligne de départ. Et le second parti de l'opposition, les FCBE, a pu miraculeusement obtenir les parrainages. Il n'avait que six élus, donc ils les ont eus forcément de la part de la mouvance présidentielle, ce qui donne l'impression d'un match amical, d'une compétition sans enjeu.
    Le dauphin de Patrice Talon, a un profil plutôt technocrate… Est-ce qu'il se présente comme l'homme de la continuité ou avec sa propre voie ?
    Il a le goût quand même de se réclamer de son mentor. La présentation de son projet de société s’est voulue dans une continuité de l'action à laquelle il a participé dix ans durant. L'image de technocrate qui lui colle à la peau est peut-être le vice rédhibitoire qu'il va essayer de gommer pendant cette campagne.
    Est-ce que les partis de la mouvance présidentielle font bloc autour de Romuald Wadagni ?
    Ah oui, personne ne manque à l'appel. Disons que le réflexe naturel des uns et des autres est de faire le bon pari. S'il y a des divergences, elles sont poliment tues. Pour l'instant, la légitimation de la candidature du duo Wadagni et de madame Talata, la vice-présidente sortante, a été une entreprise assez savamment construite.
    En face, Paul Hounkpè, du parti FCBE, est présenté comme un opposant modéré. Pourquoi est-ce qu'il n'est pas soutenu par les autres mouvances de l'opposition ?
    Il avait le défaut rédhibitoire de s'être ouvert à la discussion en 2019, quand il y a eu des violences électorales. Il a eu aux yeux des autres le tort d'avoir accepté la main tendue du président Talon. Et donc forcément, il y a eu à partir de ce moment un soupçon de non-intégrité de sa part, de manque d'engagement. Cela lui a été tellement opposé que le président Yayi Boni, qui était président de son parti, a claqué la porte avec un certain nombre de ses amis pour aller créer justement le parti Les Démocrates qui s'est voulu le parti le plus authentique de l'opposition ou le plus radical. Mais il faut noter que ce n'est plus un parti en ordre de bataille, c'est un parti qui est soumis à plusieurs tensions, divisions, défections.
    Vous l'évoquiez, il y a eu le départ de plusieurs figures du parti des Démocrates. La formation n'a pas de candidats à ce scrutin. Quel avenir pour les Démocrates selon vous ?
    C'est un avenir fort incertain. Est-ce que les plus jeunes vont pouvoir reformer, reconstruire ce parti après le départ de ses principales figures centrales ? Pour l'instant, effectivement, avec zéro élu dans les instances communales comme nationales, ce parti est bien mal parti pour continuer d'incarner les espoirs de nombre de Béninois.
    Les dernières élections législatives et municipales avaient enregistré un taux d'abstention record de 65 %. Est-ce que la participation est un enjeu majeur de cette présidentielle à venir ?
    Oui, définitivement. Cela devient un enjeu majeur. Un enjeu d'ailleurs immédiatement identifié par les partisans de Romuald Wadagni. Au demeurant, le taux de participation n'avait cessé de baisser depuis quelques scrutins, particulièrement depuis 2019. Et il est évident que le sentiment que tout serait joué d'avance, ou qu'il n'y aurait pas une offre électorale assez large, pourrait être la cause fondamentale.
    Quelles sont les principales préoccupations des Béninois pour cette campagne qui démarre ?
    Je crois qu'il y a deux formes d'inquiétude fondamentale : celle de la survie quotidienne, avec un chômage qui reste endémique. Et puis, de plus en plus, hélas, il y a la question de la sécurisation du pays à ses frontières, et donc de nos relations avec nos voisins.
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    Route migratoire vers Mayotte: «Les flux de migrants en provenance d’Afrique s’intensifient»

    26/03/2026
    Ils viennent de la région des Grands Lacs, et notamment de l’est de la République démocratique du Congo. De plus en plus de migrants d’Afrique centrale tentent le long voyage vers le département français de Mayotte, dans l’océan Indien. La semaine dernière, le 18 mars, 18 personnes sont mortes noyées au large des Comores. Selon des rescapés, les passeurs leur avaient assuré qu’ils étaient arrivés à Mayotte. Cette route migratoire n’est pas nouvelle, mais elle se structure, explique Fahad Idaroussi Tsimanda, docteur en géographie, et chercheur associé à l’université de Montpellier. Il est l’invité de Charlotte Idrac.
    RFI : Est-ce que la tendance d'un flux de migrants d'Afrique centrale vers Mayotte s’intensifie ?
    Fahad Idaroussi Tsimanda : Oui, entre 2003 et 2025, on observe une forte hausse des demandes d'asile de ressortissants d'Afrique centrale comme les Congolais, qui sont passées d'environ 150 en 2021 à plus de 1000 en 2024. Cette évolution s'explique par les conflits qu'il y a dans la région, les crises économiques et l'attractivité du territoire de Mayotte. Ayant vécu à Mayotte depuis de nombreuses années, quand on se promène dans les rues de Mamoudzou, dans les rues de Tsoundzou et autres, on voit que les visages qu'on ne voyait pas avant sont de plus en plus présents à Mayotte. Donc oui, les flux de migrants entre l'Afrique en direction de Mayotte s'intensifient.
    Et donc c'est une évolution des routes migratoires via l'océan Indien, en comparaison avec d'autres routes, par exemple celles du désert libyen ?
    Effectivement. La particularité et la différence entre la route migratoire vers Mayotte et en direction de la France hexagonale, c'est que vers Mayotte, il y a moins de risques de dangers. Je ne dis pas qu'il n'existe pas de risque, mais le risque est moindre par rapport au passage vers la Libye. Là-bas, le risque est multiple d'être capturé par des bandits, se faire emprisonner ou se faire tuer. Pour venir à Mayotte, le souci, c'est plutôt le chavirage en mer.
    C'est pourtant un voyage très long. Dans le cas du récent naufrage, un rescapé a témoigné avoir pris un bateau depuis Dar es Salam, donc à plus de 700 kilomètres des Comores. Est-ce qu'on sait comment fonctionnent les passeurs sur cette route ? Quel type d'embarcation ? Est-ce que ce sont des réseaux structurés ? 
    Les trajets reposent sur des réseaux transnationaux organisés. Les migrants passent effectivement par plusieurs pays et des points de transit régionaux avant d'arriver aux Comores. Ceux qui quittent le Congo, par exemple, vont jusqu'en Tanzanie. Entre les Comores et la Tanzanie, il y a une coopération : Il y a des pêcheurs, il y a des marchands comoriens, il y a des chefs de navires comoriens qui vont en Tanzanie pour faire du commerce, et ensuite amener les produits en direction des Comores. Donc de là, il y a des personnes qui peuvent se transformer en passeurs pour transporter ces personnes jusqu'au large des Comores. Les personnes sont cachées dans les cales des bateaux et ensuite un kwassa kwassa vient accoster juste à côté du bateau.
    Un kwassa kwassa, donc une petite embarcation...
    Effectivement, une petite barque de quelques mètres, qui peut chavirer au moindre faux pas, avec des grosses vagues. Il y a des passeurs qui les prennent dans les hautes mers. Ensuite, ils vont en direction de Mayotte et pour certains, parfois, ils atterrissent aux Comores.
    Malgré les risques et malgré l'éloignement, est-ce que ça confirme selon vous, l'attractivité de Mayotte en tant que département français ? Est-ce que c'est une destination finale pour ces personnes ou « par défaut » ?
    Le territoire de Mayotte, c'est une destination très attractive parce que le risque est moindre. Donc venir ici, c'est avoir en tête que, du jour au lendemain, si ma demande d'asile est acceptée, je peux facilement aller en métropole. Mayotte n'est pas une destination finale, c'est juste un point de passage pour les personnes qui viennent ici et qui souhaiteraient voir leur situation s'améliorer, obtenir un titre de séjour, ensuite prendre l'avion pour un voyage non clandestin, et arriver dans l'Hexagone.
    Et face à cet afflux, à cette tendance, quelle est la réponse des autorités à Mayotte ?
    Une fois ici à Mayotte, les personnes sont accompagnées, il y a des associations qui viennent vers ces personnes et leur demandent de déposer une demande de protection. Ce qui fait qu’il est impossible d'expulser ces personnes. On doit étudier d'abord son dossier, voir si la personne est éligible pour savoir ensuite ce qu'on va faire de cette personne. Et compte tenu de ce qui se passe là-bas au Congo, la demande peut être instruite très rapidement et la personne obtient un asile, un asile politique. Je pense aussi que les passeurs comoriens, depuis la Tanzanie, encouragent aussi cette tendance pour s'enrichir. Maintenant, ce n'est plus entre les Comores, Madagascar et Mayotte, mais ça va au-delà. Donc il y a une manne financière à ne pas négliger parce que c'est devenu une route très lucrative : la traversée entre Mayotte et Anjouan peut aller jusqu'à plus de 500 euros par tête. Donc le trajet depuis la Tanzanie jusqu'à Mayotte, je pense que ça doit avoisiner les 1000, 2000, voire plus, c'est énorme.
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    Santé en Afrique: «Nous voulons que nos pathogènes, nos maladies, puissent être d'abord traités par les Africains»

    25/03/2026
    C’est le volet sanitaire de la stratégie « America First » du président Trump : les États-Unis concluent ces dernières semaines de nouveaux accords sur le financement de la santé, essentiellement à travers le continent africain. Cela fait suite au démantèlement de l’agence d’aide américaine Usaid. Une vingtaine de pays africains ont déjà signé des accords bilatéraux. Mais il y a des conditions. Et certains États, comme le Zimbabwe ou la Zambie, ont invoqué des risques pour leur souveraineté. L’un des enjeux majeurs est le partage des données sanitaires, souligne le docteur Jean Kaseya, directeur général d’Africa CDC – le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies. Depuis Addis-Abeba, il est l’invité de Charlotte Idrac.
    RFI : L'Ouganda, le Nigeria, le Cameroun, le Burkina Faso ou encore la Côte d'Ivoire, ces pays ont tous signé de nouveaux accords bilatéraux avec Washington en matière de santé. Quelles sont les grandes lignes communes de cette coopération ?
    Docteur Jean Kaseya : Le mécanisme actuel des financements américains, c'est exactement ce que nous nous avions proposé comme deal. Vous donnez l'argent directement aux gouvernements africains et de notre côté, en tant qu’Africa CDC, nous faisons une pression pour que les gouvernements africains élèvent leur cofinancement. Mais il y a aussi d'autres engagements que les partenaires américains ont mis sur la table, comme le partage des données, comme le partage des pathogènes. Mais nous disons que cela ne peut se faire que dans un cadre où il y a beaucoup plus de respect, une certaine transparence et puis une certaine équité, puisque les gouvernements africains veulent bénéficier aussi de leurs pathogènes et de leurs données.
    Pour être clair, ces échantillons d'agents pathogènes, ce sont des échantillons biologiques qui peuvent servir à identifier des maladies ou à mettre au point des vaccins. Pourquoi c'est un enjeu important ?
    Vous savez, quand il y avait Ebola en Afrique de l'Ouest, nous avions des milliers de personnes qui mouraient. Mais il a fallu qu'un Américain, médecin américain, tombe malade, qu'il soit extradé aux États-Unis, pour que nous tous nous puissions découvrir que, avec les pathogènes qu'on avait déjà collectés en Afrique de l'Ouest, les États-Unis avaient déjà développé les vaccins et même des médicaments contre Ebola. Alors que nous avions des milliers de personnes qui mouraient sans aide. Voilà pourquoi c'est important pour nous. Nous voulons que nos pathogènes, nos maladies, puissent être d'abord traités par les Africains. Mais si ce n'est pas possible avec la conjoncture actuelle des technologies que nous avons, si nous les exportons, nous voulons que ça puisse nous bénéficier. Chaque fois que nous avons une maladie, nous savons que ces pathogènes ont servi à fabriquer des médicaments et des vaccins qui vont nous servir, et ce n'est pas le cas aujourd'hui.
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    Autre point, c'est celui d'une condition économique dans le cas de la Zambie. Ces négociations sur la santé sont liées à un accord, un autre accord, sur le secteur minier. Est-ce que ce n'est pas, selon vous, une forme de chantage ?
    Moi, en tant que directeur général d'Africa CDC, je demande aux partenaires de respecter la souveraineté des pays. Donc, je dois être la première personne qui doit aussi respecter la souveraineté des pays. Je fais confiance à la Zambie dans les négociations qui sont en cours pour savoir faire la part des choses, mais surtout pour savoir pousser l'agenda de la souveraineté sanitaire pour les Africains, pour les Zambiens.
    Mais est-ce que le choix n'est pas limité entre, d'un côté, refuser des accords avec les risques que ça peut entraîner, à court terme, pour les populations ou changer de modèle pour plus de souveraineté comme vous le souhaitez, mais à plus long terme ?
    Vous savez, en arrêtant les financements extérieurs, les partenaires extérieurs ont démontré à l'Afrique que nous pouvons profiter de notre génie pour augmenter les ressources. Et nous obligeons maintenant les partenaires à s'aligner. Nous n'allons plus accepter que les partenaires viennent nous imposer leurs conditions.
    Mais dans l'immédiat, certains gouvernements, comme celui de Zambie, on l'a évoqué, mais aussi du Zimbabwe, dénoncent des accords déséquilibrés.
    Je parle avec tous mes pays. Et je sens comment la Zambie et le Zimbabwe investissent. Je vais être très clair là-dessus : aucun partenariat international, aussi important soit-il, ne remplacera les réformes que nous devons mener nous-mêmes et ne remplacera la volonté d'augmenter les budgets de l'État.
    Ce sont des accords bilatéraux. Est-ce que ça ne remet pas en cause le principe d'équité de l'OMS, l'Organisation mondiale de la santé, par exemple, dans une réponse future à une pandémie ?
    Madame, aujourd'hui, nous avons les évidences avec les épidémies comme Mpox, avec Ebola, avec Marburg, que l’on ne peut jamais gérer un problème de santé global avec des accords gouvernement à gouvernement. Il faut avoir aussi une approche régionale et continentale puisqu’une épidémie n'a pas de frontières. Quel que soit le problème entre les deux pays, elle va traverser. Et voilà pourquoi nous avons commencé le dialogue avec le gouvernement américain pour leur dire : « Bilatéral, c'est bien, mais avec une approche régionale intégrée, ça c'est meilleur. »
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Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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