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- Ce site se trouve dans le sud-est de l’actuelle Turquie. Il est d'abord exceptionnel par son âge. En effet, ses premières grandes constructions remontent à environ 9 600 avant notre ère, soit il y a plus de 11 000 ans. Elles sont donc bien plus anciennes que les pyramides d’Égypte ou Stonehenge.
Mais ce qui rend Göbekli Tepe vraiment fascinant, c’est surtout l’identité de ceux qui l’ont construit.
Oui, car pendant longtemps, on a imaginé l’histoire des sociétés humaines selon un schéma assez simple. D’abord, les hommes auraient appris à cultiver des plantes et à domestiquer les animaux. Et grâce à l’agriculture, ils seraient devenus sédentaires. Des villages seraient apparus, puis des sociétés de plus en plus complexes, capables enfin de construire de grands monuments et d’organiser des cultes collectifs.
Ce modèle a notamment été popularisé au XXe siècle par l’archéologue Gordon Childe.
Or Göbekli Tepe ne rentre pas vraiment dans ce scénario.
En effet, ses bâtisseurs étaient encore, pour l’essentiel, des chasseurs-cueilleurs. Ils vivaient de la chasse, de la collecte et de céréales sauvages. Pourtant, ils ont réussi à ériger d’immenses piliers de calcaire en forme de T, dont certains dépassent cinq mètres de hauteur.
En outre ces pierres monumentales sont parfois décorées de serpents, de sangliers, de renards, d’oiseaux ou d’autres animaux.
Et leur construction suppose une organisation collective remarquable. Il fallait extraire les blocs, les transporter, les dresser, coordonner de nombreux individus et probablement nourrir ceux qui travaillaient sur le chantier.
Tout cela avant même l’apparition complète de l’agriculture.
Il faut savoir que pendant longtemps ce site a été présenté comme un immense sanctuaire utilisé par des groupes venus se réunir pour des cérémonies. Mais aujourd’hui, les archéologues pensent que la réalité était probablement plus complexe. Certaines structures pourraient aussi avoir eu une fonction domestique.
Göbekli Tepe nous oblige donc à revoir une vieille idée : les grands monuments et les sociétés organisées ne sont peut-être pas simplement nés grâce à l’agriculture.
Il est même possible que ce soit en partie l’inverse : le besoin de rassembler de nombreux individus pour des cérémonies ou de grands travaux aurait pu encourager la production régulière de nourriture, puis la culture des céréales.
Autrement dit, Göbekli Tepe nous rappelle que la naissance de la civilisation ne s’est probablement pas faite selon une progression simple et linéaire.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Avez-vous déjà remarqué un détail étrange dans les publicités Apple ? Sur les photos officielles des iPhone et des iPad, l’heure affichée est presque toujours la même : 9 h 41.
Ce choix n’a rien d’un hasard. Et son origine remonte aux célèbres présentations de Steve Jobs.
Tout commence le 9 janvier 2007, lors de la keynote pendant laquelle Apple dévoile le tout premier iPhone. La conférence commence à 9 heures du matin. Et comme toujours chez Apple, tout est minuté avec une grande précision.
L’entreprise sait approximativement à quel moment Steve Jobs va enfin révéler son nouveau produit au public. L’objectif est alors assez subtil : lorsque l’image géante de l’iPhone apparaîtra derrière lui, l’heure affichée sur l’écran du téléphone doit correspondre presque exactement à l’heure réelle dans la salle.
Apple estime que la révélation aura lieu environ quarante minutes après le début de la conférence. L’iPhone présenté ce jour-là affiche donc 9 h 42, avec une petite marge destinée à tenir compte du déroulement réel de la présentation.
L’idée est que les spectateurs puissent regarder leur montre puis l’écran géant et constater, presque inconsciemment, que les deux heures correspondent. Un détail minuscule, mais parfaitement représentatif de l’attention qu’Apple porte à la mise en scène de ses produits.
Quelques années plus tard, en 2010, Steve Jobs présente cette fois le premier iPad. Là encore, la conférence commence à 9 heures. Mais le moment de la révélation intervient environ 41 minutes plus tard.
L’iPad apparaît donc à l’écran en affichant… 9 h 41.
Et cette fois, l’heure va rester.
Depuis, 9 h 41 est devenue une véritable convention graphique chez Apple. Sur les images promotionnelles des iPhone et des iPad, qu’il s’agisse du site officiel, d’affiches ou de présentations, l’heure est généralement réglée sur 9 h 41.
Contrairement à certaines légendes, ce chiffre n’a donc aucune signification mystique. Il ne correspond pas non plus à l’heure de naissance de Steve Jobs.
C’est simplement le vestige d’une technique de présentation conçue pour rendre les keynotes encore plus réalistes et spectaculaires.
Petite exception : l’Apple Watch. Sur ses publicités, elle affiche généralement autour de 10 h 09. Cette fois, Apple reprend une vieille tradition de l’horlogerie : placer les aiguilles autour de 10 h 10 permet de dégager le logo et de donner au cadran une apparence plus équilibrée.
Même l’heure affichée sur un produit Apple est donc, en réalité, soigneusement calculée.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Nous connaissons tous le visage de Jésus : cheveux longs, barbe, traits fins, regard grave. Pourtant, ce visage est une invention artistique. Il n’existe aucun portrait connu de Jésus réalisé de son vivant, ni même dans les décennies qui ont immédiatement suivi sa mort.
Comment l’expliquer ?
D’abord, Jésus vit au Ier siècle dans une société où le portrait individuel est loin d’être aussi courant qu’aujourd’hui. Dans l’Empire romain, on fait surtout réaliser le portrait des empereurs, des notables ou des personnes fortunées. Or Jésus est un prédicateur juif itinérant de Galilée, sans position politique officielle ni richesse particulière. Il n’y avait donc aucune raison sociale évidente de commander son portrait.
Il faut également tenir compte de son environnement religieux. Le deuxième commandement de la Bible condamne la fabrication d’images destinées à être adorées. Cela a favorisé dans certaines traditions juives une méfiance envers les représentations religieuses. Mais il serait faux d’en conclure que les Juifs interdisaient systématiquement toute image humaine : des synagogues antiques ont par exemple livré des représentations figuratives.
Surtout, les premiers disciples de Jésus semblent avoir accordé beaucoup plus d’importance à ses paroles, sa mort et sa résurrection qu’à son apparence physique. Les Évangiles eux-mêmes ne donnent pratiquement aucune indication permettant de reconstituer son visage : ni couleur des cheveux, ni couleur des yeux, ni taille, ni forme du visage.
Pendant près de deux siècles, le christianisme se développe donc sans véritable portrait de son fondateur. Les premières formes identifiables d’art chrétien conservées apparaissent surtout vers la fin du IIe et au IIIe siècle.
Et lorsqu’on commence enfin à représenter Jésus, les artistes ne savent évidemment plus à quoi il ressemblait.
Ils utilisent donc des modèles de leur époque. Dans les catacombes romaines du IIIe siècle, Jésus peut ainsi apparaître sous les traits d’un jeune homme imberbe, notamment sous la forme symbolique du « Bon Pasteur ». Plus tard seulement se généralise l’image du Christ adulte, barbu et aux cheveux relativement longs que nous connaissons aujourd’hui.
Autrement dit, les portraits traditionnels de Jésus ne sont probablement pas la transmission fidèle d’un véritable visage.
Ce sont des constructions artistiques élaborées plusieurs siècles après sa mort.
Et le véritable visage de Jésus, lui, reste inconnu.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Eschyle est l’un des plus grands noms de la littérature grecque. Né vers 525 avant notre ère, il est souvent considéré comme l’un des pères de la tragédie. Pourtant, sa propre mort serait digne d’une comédie particulièrement absurde.
Selon une célèbre tradition antique, Eschyle serait mort après avoir reçu… une tortue sur la tête.
L’histoire se déroule vers 456 avant J.-C., à Géla, en Sicile, où le dramaturge passe les dernières années de sa vie.
Un rapace aurait saisi une tortue puis se serait envolé avec elle. Ce comportement n’est pas aussi extravagant qu’il en a l’air. Certaines tortues possèdent une carapace extrêmement résistante. Pour accéder à leur chair, des rapaces peuvent les emporter en altitude puis les laisser tomber sur une surface dure afin de briser leur carapace.
Or, selon le récit antique, le rapace aperçoit le crâne chauve d’Eschyle et le prend pour une pierre.
Il lâche donc sa tortue.
L’animal tombe directement sur la tête du dramaturge et le tue.
L’histoire devient encore plus extraordinaire chez Pline l’Ancien, qui la raconte plusieurs siècles plus tard dans son Histoire naturelle. Selon lui, un oracle aurait prédit à Eschyle qu’il mourrait à cause de quelque chose tombant d’en haut. Pour éviter ce destin, le poète aurait décidé de rester à l’extérieur, loin des bâtiments susceptibles de s’effondrer.
Précaution manifestement insuffisante : le danger serait finalement venu du ciel lui-même.
Mais cette anecdote doit être prise avec prudence. Nous ne disposons d’aucun témoignage contemporain permettant d’établir que la tortue est réellement responsable de la mort d’Eschyle. Les récits détaillés apparaissent dans des sources plus tardives, et les biographies des personnages célèbres de l’Antiquité ont souvent été enrichies d’histoires spectaculaires ou symboliques.
Ce que l’on sait avec davantage de certitude, c’est qu’Eschyle est mort à Géla, en Sicile, vers l’âge de 69 ans.
La tortue appartient donc peut-être davantage à la légende qu’à l’histoire.
Mais il faut reconnaître que pour l’un des maîtres absolus de la tragédie grecque, difficile d’imaginer une fin plus tragiquement ironique.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Le régime nazi prétendait fonder sa politique sur une distinction rigide entre les « Aryens » et les Juifs. Pourtant, dans la pratique, il lui arriva de contourner ses propres règles et d’accorder à certaines personnes d’origine juive un statut exceptionnel. On les qualifiait alors parfois d’« Aryens d’honneur ».
Pour comprendre ce paradoxe, il faut revenir aux lois de Nuremberg de 1935. Elles classaient les habitants en fonction de l’origine de leurs grands-parents. Certaines personnes étaient considérées comme juives, tandis que d’autres, ayant une ascendance juive partielle, étaient classées comme « Mischlinge », c’est-à-dire métisses selon la terminologie raciale nazie.
Mais ces classifications pouvaient poser problème au régime lui-même. Certains hommes ayant des origines juives étaient des militaires importants, des scientifiques réputés, des industriels utiles ou encore d’anciens proches du parti nazi.
Plutôt que de renoncer à son idéologie raciale, le pouvoir créa donc des exceptions.
L’expression « Aryen d’honneur », ou Ehrenarier en allemand, désignait ainsi couramment quelqu’un qui aurait dû subir certaines discriminations raciales, mais que les autorités décidaient de traiter, totalement ou partiellement, comme un « Aryen ». Il ne s’agissait cependant pas d’une catégorie juridique clairement définie : les exemptions pouvaient prendre différentes formes et dépendaient largement du bon vouloir des dirigeants nazis.
Un cas célèbre est celui d’Emil Maurice, l’un des premiers compagnons d’Hitler et membre de la SS. Lorsque ses origines juives furent découvertes, Hitler intervint personnellement pour lui permettre de rester dans l’organisation. Le général de la Luftwaffe Erhard Milch bénéficia lui aussi d’un traitement particulier lorsque des interrogations apparurent sur son ascendance.
Ces exceptions révèlent surtout le caractère arbitraire du système nazi : les prétendues règles biologiques pouvaient être modifiées lorsque les intérêts politiques, militaires ou personnels du régime l’exigeaient.
On retrouve des situations comparables dans la France occupée. Le philosophe Vladimir Jankélévitch, juif et révoqué de l’université par le régime de Vichy, se vit notamment proposer une forme d’« aryanisation ». Il refusa, estimant qu’il n’avait pas à demander pardon pour une origine dont il n’avait évidemment pas à avoir honte.
L’existence des « Aryens d’honneur » montre donc une contradiction fondamentale du nazisme : une idéologie prétendument fondée sur des lois raciales absolues pouvait elle-même suspendre ces lois lorsqu’une personne devenait suffisamment utile au régime.
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